Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 22:52

 

Je me lève en pleine nuit pour parler de ma voix. Et je baille aussi muettement que j'écris. J'aurais choisi la voie du silence si je n'avais rien promis. Mais il y a un hic (ou plutôt un "x" comme dans "voix",  comme dans "larynx") : le hic, c'est que je l'ai promis, cet essai d'écrire ma voix ! Pourtant, avez-vous déjà entendu un aveugle parler de ce qu'il voit ("voit" avec un "t", avec ses yeux qui ont aussi cet "x" )?! 

Comment parler de cet élément élémentaire alors qu'elle se ferait plutôt élément taire, cette voix. Qu'elle tairait ce qu'elle est. C'est dans l'élément terre que j'ai plutôt envie de l'enfouir, oui, pour l'occasion !... Comme un trésor ? Je ne sais si elle est précieuse à ce point mais je le crois. Ce que je sais, c'est que si par malheur j'étais aveugle des cordes vocales, elles qui me nourrissent, je n'aurais pas perdu que ma voix dans l'affaire, voix élément alimentaire, pour le coup. Sans elle, j'aurais l'impression d'être amputé d'un sacré morceau de moi, ça c'est clair. Que de compensations désespérées se mettraient en route, alors, j'imagine ! J'aurais tant de choses à ne plus dire, à ne plus chanter, que j'en aurais l'âme débordante au point d'en étouffer. Je n'aurais que les signes de la main et des claquements de langue, quel écart, quelle différence cruelle !

Plus que triste de rester sans voix, je serais très malheureux. Avec un "x" au bout du chemin de ce mot "malheureux". Un "x", cette "croix", mot qui en a aussi un et qui peut aussi bien être planté au bout de "heureux" qu'au bout de son contraire...Tout ces "x" redondants sans doute pour dire que de parler de ma voix est une équation à une inconnue...Ce que je sais, c'est que ma voix a été véhicule du meilleure comme du pire. De jolis et de moches sons, de jolies et de moches paroles, véhicule de vérités et de mensonges, parfois....

Me revient à l'esprit un directeur d'établissement qui avait utilisé ma sono pour un discours de voeux et qui, s'entendant dans le retour de scène, avait grommelé sourcils froncés: "c'est très désagréable !". Tout était bien réglé, puissance, clarté, pourtant. C'est juste que la propre voix de ce monsieur l'insupportait, qu'il n'en avait pas l'habitude...

La mienne, de voix, je l'ai détesté en l'entendant pour la première fois sur une vieille cassette audio, il y a bien longtemps. Je ne voulais peut-être pas qu'elle ressemble à la voix d'un frère ou d'un père, alors que j'aimais bien leurs voix à eux, je ne sais. Je ne crois pas que c'était vraiment de la détestation, en fait. Peut-être une gêne, une pudeur vis-à-vis de moi-même, une vexation qu'elle ne soit pas plus que ce que j'entendais là, à ce moment-là, quelque soit la qualité du son. 

Je pense que l'amour-propre de sa voix est une chose délicate. Je ne m'écoute pas parler, mais si je dis une énormité, que je pique une colère, ma voix me revient salie, comme un boomerang. Dommage de mal se servir de cet instrument, "la voix humaine". Je trouve que "dire" en parlant ou en chantant est tellement jouissif, parfois. Ca vibre de bonheur quasiment des pieds à la tête même en ne faisant que "la la la". Ma voix est une sacrée matière première à respecter et je ne le sais pas. Ma voix a des pouvoirs et je les oublie. Ma voix est donc une putain de chance d'instrument magique que mon cerveau et mes humeurs peuvent gâcher trop souvent. Je devrais dire "nos voix", à chaque fois, "nos voix humaines". Mais bon, je dois parler de la mienne. Cette inconnue s'amuse à mettre des années à se présenter à moi, je pense, la coquine ! Je trouve que je ne commence qu'aujourd'hui à m'y faire, à l'apprivoiser un peu. Je m'en rends compte surtout dans le cas où elle me revient aux oreilles par je ne sais quel haut-parleur et que j'ai des restes de cette aversion qu'avait le monsieur plus haut et que j'ai eu aussi jadis. Il paraît qu'elle est agréable à l'oreille (les compliments m'en ont un peu convaincu). Ca fait plaisir d'entendre d'autres jolies voix dire cela.

 Mais j'arrête là, je sens que je vais être vaniteux, prétentieux, pompeux...avec plein de "x" en bout de voie. J'en aurais des remords, d'être vantard. Ca m'opresserait le thorax et ma voix deviendrait sourde, coinçée quelque part, dans un gouffre, toute petite, indélogeable, comme ça m'est arrivé x fois. Elle n'aime pas trop que je me racle la gorge et que je tousse, en plus. D'ailleurs, elle préfère être un atout qu'une toux, (encore un "x" mal tombé, hé hé hé!)... 

Ma foi, ma voix, je ne vois pas ce qu'en dirait ma voix. L'aveugle ne voit ni du rien ni du noir, je pense qu'il n'aurait pas de mots pour décrire sa vue, même s'il n'était pas muet, de surcroît. Ma plume a effleuré le voile de ma voix, c'est tout ce qu'elle a pu faire de cette inconnue ni vraiment farouche ni vraiment accessible.

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Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 14:19

Le lait des chats, Charles Guérin, recueil Les Joies grises, 1894.


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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 13:25

 De deux choses lune... mais il faut les terres pour le moment.
 

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Au bon soin des saules pleurnicheurs seuls
Mais aussi à celle, lasse, lissant ses cils sales, saoule en sous-sol, sans le sou: Lucile.
Et la musique, si elle n'était pas là,
Si elle n'était pas ci,
Si elle n'était pas d'eau,
Si elle n'était parée,
Si elle n'était pas mie,
Si elle n'était paf! ah!,
Si elle n'était pas soul, soule, sole, fais-je...
-Ah bah ut, alors, qu'on nait cons,
Me répond à deux mi voix dans mon dos Dodo,
Tarés on !
(pfff, ces gens qui parlent avec leur propre orthographe!)


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Il semblerait qu'aujourd'hui la vraie modestie passe pour un manque de confiance en soi, comme si on voulait encourager les humbles à être plein de vanité, mégalomanes, et comme pour imiter la société humaine qui l'est vis à vis de la planète, de l'univers.
 

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Les papillons aux rivières de mon adrénaline.
 

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Petits gris bavants collés d'amour.
 

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 I think chaud, garce divine, que c'est trop de la belle balle!
 

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Le moindre corbeau qui croasse à proximité m'augurerait le pire mais je préfère croire qu'il me parle simplement de la pluie et du beau temps.
 

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Comme un nid de merlette au ciel.
 

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Il y a des mystères qui sont autant dépourvus d'âme qu'une belle maison toute neuve. Des mystères qui se prennent pour des outils de séduction et qui feraient ni chaud ni froid aux vaches du pré d'à côté.
 

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Si vous avez la lune entre deux bains de siège, vous voyagez mal.

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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 10:10
Par GUARDIOLA
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Lundi 15 août 2011 1 15 /08 /Août /2011 12:15

Ma grand mère était ce qu'on appelle une "brave femme", mais pour ma grand-mère, il faut s'arrêter sur "brave", méditer sur "brave". Elle était "gens de maison" à Montlignon, dans le val d'Oise, dans la propriété paradisiaque d'une vieille baronne, à moins qu'elle ne fût marquise ou comtesse, c'est vague, ça remonte! Elle faisait le ménage au château, s'occupait de la basse-cour et de tous les soucis de la vieille haute bourgeoise, une femme qui mélangeait mon prénom avec ceux de mes frères à chaque fois qu'elle me parlait, à moins qu'elle ne commence par ces questions directement: "c'est bien Lorenzo, hein?!...non, José!?" Bah non, c'était déjà André à l'époque! Et ça me faisait rire ou plutôt peut-être que sourire pour ne pas me moquer trop de cette prestigieuse antiquité aussi âgée que sèche comme un coup de trique...Bon, ma grand-mère... J'étais "mon ptit lapin" ou "ma crotte" ou peut-être d'autres doux sobriquets qui se sont envolés depuis. Mise à part que jamais je n'ai plus mangé une quiche lorraine ou une tarte aux pommes avec le goût merveilleux et unique qu'elle arrivait à lui donner, ma grand-mère était d'une douceur et d'une gentillesse divine. Ah oui, elle croyait en Dieu, justement! Voilà au moins quelqu'un qui perdait peut-être du temps à la messe du dimanche, mais qui avait une cohérence avec ce qu'elle entendait par la bouche du curé sur l'humilité et l'amour de son prochain!...Chez ma grand-mère, ça sentait d'un bon, mais d'un bon, à vous mettre des frissons! En dehors des odeurs de cuisine, bien entendu, dont les quiches et tartes, il y avait aussi...il me semble que c'est le matin... un mélange d'odeur de chocolat, de vanille, de bois des escaliers, des parquets cirés, ou des poutres ou des buffets, bref une odeur que je me demande encore pourquoi mes frères, ma soeur, n'ont pas été bouleversés comme moi de façon mémorable par ces senteurs si particulières. Une odeur qui allait tant avec la bonté de ma mémée...Elle n'était pas très grande, plutôt bossue en partie par le travail, frêle...Elle marmonnait parfois son emploi du temps avec une petite voix toute pleine sinon d'innocence en tous cas empreinte de dévouement à ses tâches, à son organisation. Comme si, en ne matérialisant pas la liste de ce qu'elle avait à faire par la parole aussi baragouinée soit-elle, elle se laisserait aller à rêver en écoutant ses sereins chanter dans la petite cage qui trônait dans la salle à manger, pas loin de l'horloge à balancier et du gros thermomètre à l'ancienne, véritables objets d'art aujourd'hui...Ma grand-mère cousait aussi dans le silence ou parfois avec le joli bruit de la machine à coudre Singer qui la faisait pédaler de temps en temps! Ah, une Singer, ça avait une autre gueule qu'un vélo d'appartement, moi je vous le dis!...J'adorais quand ma grand-mère s'occupait de toute la faune de la grande basse-cour du château. Elle y allait avec un cri surprenant pour une femme si douce, d'une voix stridente venue je ne sais d'où qui disait "petits, petits, petits!" et c'était l'anarchique ruée vers elle dans un brouhaha de caquètements guerriers que poussaient ces morts-de-faim de poules, coqs, canards, oies, jards, et poussins, à moitié écrasés par l'évènement journalier de la bectance...Un sacré spectacle, avec parfois ma grand-mère qui séparait deux volatiles en train de s'égorger entre eux pour un pauvre grain de maïs au milieu des excréments de leurs congénères obnubilés par leur pitance, et pas le moins du monde par la tentative d'assassinat d'un frère envers une soeur... Ma grand-mère était de 1910, mon grand-père de 1907...Donc quand j'avais 4 ou 5 ans, 1968, ils commençaient à vieillir un peu. Mais pour moi, cette vieillesse était signe de bonheur et d'activité, d'envie de faire avec abnégation (je crois que mon grand-père n'est pas en reste en ce qui concerne l'affection portée, ce jardinier et paysagiste de talent, clarinettiste amateur, un peu Gepetto tranquille avec ses lunettes et son chapeau)... Je ne veux pas parler de leur fin de vie, pourtant. Je l'ai occulté, sans doute, pour me protéger de la peine. D'abord adolescent quand mon pépé est parti et que je l'ai vu définitvement immobile et froid dans un lit d'une petite maison d'un village du Berry où ils sont venus s'installés, retraités, plus tard. Puis ma mémée qui a commencé à perdre la tête, puis a disparu quand j'avais 30 ans... Voilà, ma mémée, un bisou pour toi au ciel, avec les yeux qui me picotent comme tes poules voraces. Je t'aime fort, très fort...et ton homme aussi. Le 15/08/11, assomption.

Par GUARDIOLA - Publié dans : Ecriture - Communauté : Chroniques du temps présent
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